754 kilomètres entre désert et océan
À l’ouest du pays, là où le Sahara vient mourir dans l’Atlantique, se déploie l’une des façades maritimes les plus singulières d’Afrique. Sur 754 kilomètres, du cap Nouadhibou au nord jusqu’à l’embouchure du fleuve Sénégal au sud, la côte mauritanienne aligne plages désertes, dunes battues par les alizés, baies poissonneuses et sanctuaires d’oiseaux d’importance mondiale.
Une façade atlantique de 754 kilomètres
Officiellement longue de 754 kilomètres, la côte mauritanienne s’étire de Ndiago, à la frontière sénégalaise au sud, jusqu’à la presqu’île du cap Blanc (Ras Nouadhibou) à la frontière du Sahara occidental au nord. C’est sur cette frange littorale que se sont fixées les deux principales villes du pays : Nouakchott, la capitale, et Nouadhibou, le grand port du nord.
Le littoral profite d’un phénomène océanographique majeur : le passage du courant froid des Canaries, qui longe la côte du nord vers le sud. Combiné aux alizés océaniques, ce courant adoucit considérablement le climat et provoque un upwelling permanent (une remontée d’eaux profondes, froides et riches en nutriments) qui fait de cette région l’une des zones de pêche les plus productives au monde.
Un climat exceptionnellement clément pour la région
Comparé à l’intérieur saharien, le littoral mauritanien jouit d’un microclimat remarquablement doux. La frange côtière est en effet la seule partie du pays où la température maximale moyenne du mois le plus chaud reste inférieure à 40 °C.
Nouadhibou, au nord
La presqu’île du Cap Blanc est probablement l’un des endroits les plus tempérés de toute la Mauritanie. Les températures maximales moyennes y tournent autour de 28 °C et les minimales autour de 16 °C. Les précipitations sont très faibles (à peine 30 mm par an en moyenne, presque exclusivement entre juillet et septembre) mais l’humidité de l’air et la fraîcheur des alizés créent une ambiance étonnamment supportable.
Nouakchott, au centre
La capitale, située plus au sud, connaît des températures un peu plus élevées : maximales moyennes autour de 32 °C, minimales autour de 19 °C. Les pluies y restent modestes mais s’intensifient un peu pendant la courte saison humide de juillet à septembre.
Du nord au sud du littoral
À mesure que l’on descend la côte, les températures augmentent légèrement, l’humidité progresse et les pluies estivales se font plus présentes. Le contraste est saisissant : entre Nouadhibou et l’embouchure du fleuve Sénégal, on passe en quelques heures d’un climat quasi maritime tempéré à une ambiance déjà sahélienne.
Le Parc National du Banc d’Arguin : un sanctuaire mondial
À environ 200 kilomètres au nord de Nouakchott commence l’un des plus grands parcs marins et côtiers d’Afrique : le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA). Créé en 1976 sous l’impulsion notamment du naturaliste Théodore Monod, il couvre 12 000 km² (soit près d’un tiers du linéaire côtier mauritanien) et s’étire sur plus de 180 km de littoral.
Le site cumule trois reconnaissances internationales prestigieuses : zone humide d’importance internationale (Convention Ramsar, 1982), site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1989, et « Don à la Terre » du WWF en 2000. Cette consécration n’a rien d’usurpé : le Banc d’Arguin abrite chaque hiver plus de deux millions d’oiseaux migrateurs venus du nord de l’Europe, de Sibérie et même du Groenland. La zone est l’un des plus importants habitats au monde pour les échassiers et les oiseaux nicheurs : flamants roses, spatules blanches, sternes, pélicans, cormorans, hérons, aigrettes, goélands, limicoles… On y dénombre aussi 45 espèces de poissons, plusieurs espèces de tortues marines (notamment la tortue verte) et de nombreux mammifères marins, dont des dauphins.
Les Imraguen, peuple de pêcheurs
Le parc est aussi le territoire ancestral des Imraguen (littéralement « ceux qui récoltent » en berbère), un peuple de pêcheurs installé depuis des siècles dans une dizaine de villages côtiers. Ils sont les seuls autorisés à pratiquer une pêche contrôlée à l’intérieur du parc, à bord de leurs lanches (embarcations à voile d’origine canarienne) et selon des techniques traditionnelles. La plus célèbre de ces techniques voit les Imraguen pêcher en collaboration avec les dauphins, qui rabattent les bancs de mulets vers la rive : une scène fascinante, encore observable aujourd’hui.
Quand venir au Banc d’Arguin ?
La meilleure période pour observer la concentration maximale d’oiseaux migrateurs s’étend de juillet à fin février, avec un pic durant l’hivernage européen, de novembre à février.
Le Parc National du Diawling : la sentinelle du delta
À l’autre extrémité du littoral, à l’extrême sud-ouest du pays, le Parc National du Diawling protège 16 000 hectares de zones humides exceptionnelles, dans le bas-delta du fleuve Sénégal, en rive droite. Créé en 1991 et classé site Ramsar dès 1994, il forme depuis 2005, avec ses voisins sénégalais (le Parc National du Djoudj, la Langue de Barbarie et la réserve de Guembeul), la Réserve de Biosphère Transfrontière du Delta du fleuve Sénégal, reconnue par l’UNESCO.
Le Diawling est un véritable kaléidoscope d’écosystèmes : plaines inondables, mangroves à palétuviers, dunes côtières, bassins d’eau douce, saumâtre et salée. Cette diversité explique la richesse ornithologique du site, qui peut accueillir plus de 75 000 oiseaux et près de 200 espèces différentes : pélicans, grands cormorans, grues couronnées, hérons, aigrettes, oies, canards, flamants…
Côté mammifères et reptiles, on y croise des phacochères, des chacals, des pythons de Seba, des varans du Nil et – pour les plus chanceux – des servals et même quelques crocodiles, parmi les rares survivants d’Afrique de l’Ouest. Le parc est aussi un espace de vie pour les communautés locales, qui y pratiquent encore la pêche, l’élevage, le maraîchage et la cueillette.
Le Diawling se prête particulièrement bien à une excursion depuis Nouakchott : à environ trois heures de route, il peut se découvrir sur une journée ou en combinaison avec la traversée vers le Sénégal par le poste frontière de Rosso ou le barrage de Diama.
Banc d’Arguin ou Diawling ?
Les deux réserves se complètent admirablement. Le Banc d’Arguin offre la rencontre spectaculaire entre désert et océan, l’authenticité de la culture imraguen et l’observation de millions d’oiseaux marins. Le Diawling, plus discret, séduit par ses zones humides, ses mangroves et l’intimité de ses paysages deltaïques. Les visiteurs disposant d’assez de temps gagnent à découvrir les deux : c’est un véritable voyage d’un bout à l’autre de la côte mauritanienne.
