Dessin en noir et blanc d'un homme sur une barque

La Mauritanie

Le fleuve Sénégal

La Mauritanie

Le fleuve Sénégal

Dessin en noir et blanc d'un homme sur une barque

La frontière vivante du sud mauritanien

Au sud, la Mauritanie change de visage. Le sable cède la place aux terres limoneuses, les caravanes laissent passer les pirogues, et les acacias se mêlent aux cultures. La frontière y est tracée par un long ruban d’eau venu des montagnes de Guinée : le fleuve Sénégal, unique cours d’eau permanent du pays, et véritable colonne vertébrale d’une troisième Mauritanie, sahélienne, agricole et profondément métissée.

Un fleuve né dans les montagnes de Guinée

Long d’environ 1 750 à 1 800 kilomètres, le fleuve Sénégal est le deuxième cours d’eau d’Afrique de l’Ouest après le Niger. Il prend sa source en Guinée, dans le massif du Fouta-Djalon, à 750 mètres d’altitude. Né de la confluence du Bafing (« la rivière noire ») et du Bakoye, il se forme officiellement à Bafoulabé, au Mali, avant d’entamer sa longue course vers l’ouest et de se jeter dans l’océan Atlantique à Saint-Louis du Sénégal.

Sur la totalité de son parcours mauritano-sénégalais, c’est-à-dire de Bakel jusqu’à l’océan, le fleuve sert de frontière naturelle entre les deux pays. Il traverse également de petits bassins versants secondaires sur sa rive droite, tels que le Karakoro et le Gorgol, qui drainent une partie du sud mauritanien.

La Chemama : la plaine nourricière de la Mauritanie

Sur sa rive mauritanienne, le fleuve dessine une plaine alluviale étroite mais essentielle : la Chemama. Large de 10 à 25 kilomètres seulement, elle constitue, à l’exception des oasis, la seule grande zone agricole du pays. Chaque année, la crue du fleuve (comparable, à plus modeste échelle, à celle du Nil) y dépose des limons fertiles qui font la richesse des cultures de décrue : riz, sorgho, maïs, niébé, oignons, tomates, hibiscus, pastèques…

C’est dans cette mince bande de terre que se concentre l’essentiel de la population rurale du sud, dans une mosaïque de villages où se côtoient les communautés du fleuve (peules, soninkées, wolofs) et les communautés hassanophones. Les villes principales y égrènent leur chapelet le long du fleuve : Rosso, capitale économique du sud et grand point de passage vers le Sénégal ; Boghé ; Kaédi, important centre administratif et marchand ; Sélibaby, plus à l’est, dans la région du Guidimakha.

Un climat sahélien, marqué par l’hivernage

La vallée du fleuve quitte le climat strictement désertique pour entrer dans le domaine sahélien. La chaleur reste forte une grande partie de l’année, mais le rythme des saisons est ici beaucoup plus marqué qu’au nord.

La saison sèche (octobre à juin)

Pendant la majeure partie de l’année, l’air est sec et la chaleur s’installe. La période d’octobre à février reste relativement clémente, avec des températures diurnes confortables. Mais à partir de mars, et surtout d’avril à juin, le mercure grimpe régulièrement au-dessus de 40 °C dans la journée, parfois bien davantage à Kaédi ou Sélibaby.

L’hivernage (juillet à septembre)

C’est la grande saison des pluies sahélienne. Les précipitations annuelles, presque inexistantes au nord, atteignent ici 400 à 600 millimètres dans le sud, voire un peu plus dans l’extrême sud-est. Les paysages se transforment : la savane reverdit, les oueds se remplissent, le fleuve entre en crue et déborde sur la plaine. La chaleur reste élevée, mais l’humidité ambiante en modifie nettement la perception.

Un fleuve, un peuple, une mémoire

Le long du Sénégal vivent des communautés dont l’histoire se mêle depuis des siècles : Peuls, Toucouleurs, Soninkés, Wolofs et communautés hassanophones partagent ces rives, leurs langues, leurs musiques et leurs cuisines. La vallée a été un grand foyer de civilisations agraires, traversée tour à tour par les empires du Ghana, du Tekrour, du Mali, puis par les comptoirs européens à partir du XVᵉ siècle.

Aujourd’hui encore, le fleuve reste un véritable trait d’union : il est traversé chaque jour par les bacs et les pirogues à Rosso, observé depuis les berges de Kaédi, longé par les digues du Diawling avant de se perdre dans l’océan à Saint-Louis.

Le fleuve, vu du voyageur

Pour qui découvre la Mauritanie, la vallée du Sénégal apporte une troisième dimension, complémentaire du désert et de l’océan. C’est la Mauritanie verte, agricole, métissée, où la savane succède au sable et où le bétail s’abreuve à l’ombre des acacias. C’est aussi la porte naturelle vers l’Afrique sub-saharienne : le franchissement du fleuve, à Rosso ou par le barrage de Diama, marque le passage du monde maure et saharien à celui des cultures ouest-africaines.

Trois territoires, trois climats, trois ambiances : entre les dunes éternelles du Sahara, le grand large de l’Atlantique et les rives fertiles du fleuve Sénégal, la Mauritanie offre au voyageur la chance peu commune de traverser, en un seul pays, plusieurs Afriques à la fois.