Regard sur la musique mauritanienne
En Mauritanie, la musique n’est pas un décor, c’est une mémoire. Avant l’écriture, avant les routes, il y avait la voix des iggawin, les griots, gardiens des généalogies, des poèmes et des grandes histoires du pays. Aujourd’hui encore, aucun mariage, aucune fête ne se conçoit sans eux.
Cette musique repose sur deux instruments emblématiques, et la répartition est ancienne : les femmes jouent l’ardin, une harpe à neuf cordes qui leur est réservée, les hommes jouent le tidinit, un luth au timbre profond. Le tout s’organise autour de l’azawan, le système modal traditionnel hassanophone, une succession de « voies » musicales qui colorent chaque morceau. Une écoute suffit pour comprendre pourquoi les critiques occidentaux parlent souvent de « blues du désert » à propos de la Mauritanie.
Les grandes voix qui ont ouvert la route
Dimi Mint Abba reste la figure absolue de la musique mauritanienne. De son vrai nom Loula Bent Siddaty Ould Abba, elle fut l’une des premières artistes du pays à mener une carrière internationale, faisant découvrir au monde la culture des iggawin. Avec son mari Khalifa Ould Eide, elle signe plusieurs albums, dont Moorish Music from Mauritania, paru en 1990 sous le label britannique World Circuit. Elle s’est éteinte en 2011 à Rabat.
Malouma, surnommée « la diva rebelle du désert », a suivi une trajectoire singulière : joueuse d’ardin, chanteuse, mais aussi sénatrice et voix engagée. Sa musique croise les répertoires hassanophones et ceux des communautés du fleuve (wolof, soninké), avec des albums internationaux comme Desert of Eden (1998) et Nour (2007).
Noura Mint Seymali, l’héritière qui électrise la tradition
Née à Nouakchott dans une grande lignée de griots, Noura Mint Seymali a commencé à treize ans comme choriste de sa belle-mère, Dimi Mint Abba. Sa grand-mère Mounina lui a transmis l’ardin, son père Seymali Ould Ahmed Vall, formé en Irak, avait conçu le premier système de notation mélodique de la musique maure.
Avec son mari et guitariste Jeiche Ould Chighaly, elle forme son groupe en 2004. L’album Tzenni, sorti en 2014 chez le label allemand Glitterbeat, l’installe sur la carte du monde, suivi d’Arbina en 2016, puis de Yenbett en novembre 2025. Sa formule, l’ardin et sa voix ample face à la guitare saturée de Jeiche, tourne aujourd’hui en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Afrique, du globalFEST américain au Festival au Désert malien.
La jeunesse a pris le micro
Impossible de parler de musique mauritanienne aujourd’hui sans parler du rap. Le mouvement s’est structuré autour du festival Assalamalekoum, créé en 2008 à Nouakchott par le rappeur et producteur Monza (Kane Limam), un rendez-vous qui rassemble jusqu’à 15 000 personnes et qui est devenu la vraie école du hip-hop mauritanien.
De cette école est sorti BRMX, né en 1996 à Nouadhibou, révélé en 2018 en remportant l’Assalamalekoum Découverte. En novembre 2024, il devient le premier artiste mauritanien à remplir le Stade olympique de Nouakchott pour son propre concert. Depuis, il enchaîne : le CICES de Dakar, Bruxelles et Paris avec l’African Culture Festival, une invitation sur RFI, et un album, Martaba, sorti en mai 2026, chanté majoritairement en poular.
À ses côtés, toute une génération circule désormais entre Nouakchott, Dakar et l’Europe : Bab’s OG, Adviser, figure du rap peul suivie du Sénégal jusqu’au Cameroun, Authentique BD, Soldier Hems et bien d’autres.
Pour aller plus loin
- Top 10 des artistes mauritaniens les plus populaires, Music In Africa
- La musique rap en Mauritanie, Music In Africa
- Noura Mint Seymali, site officiel et sa fiche Wikipédia
- BRMX, site officiel et sa fiche Wikipédia
- Avec Martaba, BRMX porte la voix d’une jeunesse mauritanienne, Rimweb
- Monza, un flow très cash, Jeune Afrique
- African Culture Festival, cap sur le hip-hop mauritanien, Mondafrique
